« Phantom Thread » de Paul Thomas Anderson : un chef-d’œuvre de perversion
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Une histoire d’amour ambigüe entre un grand couturier
et sa nouvelle muse. Le cinéaste américain signe un film majeur,
servi par une interprétation et une mise en scène époustouflantes.

Le film de Paul Thomas Anderson n’est pas qu’un film sur la couture. C’est aussi, surtout, même, un film sur l’amour entre un grand couturier, Reynolds Woodcock et une jeune femme, Alma. La rencontre se passe dans une auberge, en pleine campagne. Woodcock est parti de Londres pour quelques jours, car trop de souvenirs de sa mère, décédée, lui reviennent en mémoire…
La mise en scène de Paul Thomas Anderson est d’une grâce infinie : la construction de chaque robe est filmée comme si le cinéaste était couturier, et pratiquait ce métier depuis longtemps. Ses scènes de couture évoquent parfois un style documentaire. Son interprète principal, Daniel Day-Lewis mérite toutes les récompenses du monde : il arrive à incarner avec force ce personnage maniaque, sévère et mégalomane. Vicky Krieps, qui joue Alma, essaie de le comprendre « à sa manière ». Quant à Lesley Manville, qui joue la sœur de Woodcock, elle déteste Alma, la compagne de son frère. De la rivalité ou de la jalousie ?…
Une scène d’anthologie reste gravée dans notre mémoire : celle où Alma a mis à la porte les couturières et la sœur de Woodcock et lui a préparé une soirée romantique. Sans véritablement le montrer, il est réticent à cette idée. Il se met à table, et quelque chose ne va pas : la sauce des asperges ne lui convient pas. Et Alma commence à s’énerver, elle aussi. La scène est d’une puissance folle, portée par deux acteurs qui livrent une prestation exceptionnelle.
Comme dans les films d’Alfred Hitchcock, la musique joue un rôle primordial. Quelquefois, on croit entendre un morceau de Lettre à Elise, de Beethoven, mais non, toutes les musiques sont composées par le génial Jonny Greenwood… Cela apporte une touche de douceur, de calme, de tranquillité, et, parfois, d’intensité. Dès qu’une scène se termine, la musique arrive et fait le lien entre les deux scènes. Comme un fil qui accroche deux bouts de tissus. L’autre chose également brillante sur la couture est quand Woodcock dit que la couture sert aussi « à dissimuler des choses dans les vêtements. Des choses dont moi seul connaissait l’existence. Des secrets. » Une maxime, une lettre, ou un message, comme pour assurer une personnalité à la robe, une envergure, un « fil invisible » (d’où le titre, Phantom Thread)… Et à ce moment, où l’on voit le couturier coudre la monture de la robe, la musique est encore présente !
On ne peut se lasser des brillants dialogues qu’écrit Paul Thomas Anderson. « J’ai l’impression de te chercher depuis longtemps, dit Reynolds à Alma. J’ai des projets pour lesquels tu m’es indispensable. Quoique tu fasses, fais-le avec soin », lui répond-elle. Ou encore une réplique de la sœur de Woodcock : « Il arrive que mon frère se sente maudit. Comme si ses amours étaient voués à l’échec. » Le couturier utilise toutes ses armes pour détruire Alma, mais elle résiste. Ses joues rosies souvent car elle est intimidée devant ce monstre. Phantom Thread devient alors un chef-d’œuvre de perversion.
Il ne faut pas oublier l’importance des décors. Le cinéaste restitue parfaitement l’atmosphère des années 1950. Paul Thomas Anderson nous plonge également dans la haute bourgeoisie de l’époque, car même une reine vient dans la maison Woodcock pour avoir une robe sur mesure à l’occasion d’un gala. Et puis, il nous explique que tout a une fin. Reynolds Woodcock a eu son heure de gloire, où tout le monde l’admirait. A travers ce personnage le cinéaste peint-il son autoportrait ? Tout ce que l’on sait, c’est que son film fait partie des meilleurs de l’année et, peut-être, de la décennie.

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